Appartement Serec, Aidel
— Je ne connais pas le terrain aussi bien que toi, mais tu as raison, ça ressemble bien à la dune du village !
Bénédict inspecte le dessin aux lignes écarlates et approche son visage de la feuille diaphane, comme pour y déceler la trace d’une supercherie. Je lui montre la bande blanche adjacente à celle qu’il observe. Délimitée par deux traits rouges, celle-ci tourne lentement vers la droite.
— Là, c’est Piétou. On voit clairement la jonction des deux dunes. La centrifugeuse se situe juste à côté du confluent. Quant au câble, il doit traverser le vallon à cet endroit environ. Si tu parviens à trouver la page qui représente la région d’au-dessus, je te garantis qu’on y verra Parognan.
Trop bouleversé par ma découverte pour parvenir à la lui expliquer devant les citernes, j’avais traîné jusqu’à chez lui un Bénédict interloqué par mon agitation soudaine. De retour dans l’appartement, j’ai plaqué le recueil d’Yves Mæstri sur ses genoux et ai retracé avec lui les différentes étapes de mon raisonnement, à commencer par la sensation persistante que ces lignes m’étaient familières. Je lui ai parlé du slogan sur les réservoirs, et enfin de lui, Bénédict, les bras écartés et les paumes ouvertes, qui m’avait révélé l’évidence : le père d’Énix m’avait envoyé chercher un atlas géographique ! Nous avions la réponse sous nos yeux depuis toujours : le monde était bel et bien conçu à notre image.