Chambre 121
Sans un bruit, la silhouette se glisse à l’intérieur de la chambre. Sous la lumière blafarde du néon, l’homme ajuste à la hâte ses gants autour de ses doigts. Le rôle de ce jour n’est pas le plus difficile qu’il ait eu à jouer, mais comme tout artiste qui se respecte, il n’a pas pour habitude de se conformer au script. Plus vite il partira d’ici, mieux cela vaudra, surtout que l’infirmière a mis un temps infini à quitter la pièce. Dans la poche droite de sa veste, il saisit un minuscule flacon ainsi qu’un mouchoir blanc. Un claquement à peine perceptible accompagne l’ouverture du bouchon, suivi du clapotis du liquide qui s’écoule dans le tissu. Il esquisse un pas vers le lit, hésite, puis se ressaisit. Peu importe qui est cette fille et pourquoi le patron veut la faire disparaître. Leur cause surpasse toutes les autres. Sans crier gare, l’homme s’immobilise : le drap a bougé.
Secouée par un spasme violent et inopiné, la dormeuse ouvre un moment les yeux, et se cabre tandis que sa poitrine et ses bras sont parcourus de tremblements. D’un geste incontrôlé, sa main frappe le pied à perfusion qui bascule, et rebondit avec fracas sur le carrelage. La réaction de l’homme est immédiate. Il remballe son mortel attirail, se rue vers la porte et bat en retraite dans le couloir, où l’écho de ses pas précipités résonne avant de s’évanouir.
Alertée par le vacarme, Iris fait irruption dans la chambre. La malade gît les bras ballants, telle une poupée désarticulée. Le drap défait a glissé sur le côté, et s’étale sur la surface froide du carrelage. Après avoir redressé la perche et repositionné la poche transparente, l’infirmière passe en revue les signes vitaux de la patiente. Tout va bien. Peut-être le traitement porte-t-il enfin ses fruits. Toujours est-il que le miracle a eu lieu : pour la première fois depuis son admission, le corps inerte s’est animé.